Abdelkader Lahmar, Mathilde Panot et Aurélien Saintoul interrogent M. le ministre de la ville et du logement, Madame la ministre de la culture et Madame la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur le programme de démolition-reconstruction visant la cité-jardin de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry. Ce projet va diviser par 2 le nombre de Prêts Locatifs Aidés d’Intégration (PLAI) avec, à terme, la perte sèche de 1600 logements sociaux.
La Butte-Rouge est l’une des plus vieilles cités-jardins de France. Construite des années 1930 à 1960, elle représente un modèle international d’un projet de logement social réussi et économe en ressource. Les écoles d’architectures du monde entier font d’ailleurs le déplacement pour étudier cette œuvre chaque année. Aujourd’hui, le bâti est en parfait état. Certaines façades sont même classées bâtiments historiques. Les 70 hectares de la cité-jardin ont été classés patrimoine du XXe siècle, mais seule une partie des bâtiments est actuellement protégée par le classement SPR (Site patrimonial Remarquable).
Le projet de rénovation urbaine – porté par les pouvoirs publics locaux et des promoteurs privés – va venir saccager cette cité ouvrière de 3000 logements où vivent 10 000 habitants bénéficiant de loyers abordables (5€/m² contre, au mieux, 28€/m² dans le privé). Dès à présent, ce sont 9 bâtiments et 112 logements qui sont menacés par des permis de démolir en cours d’instruction à la préfecture des Hauts-de-Seine.
Dans un pays où la crise du logement ne cesse de s’amplifier, où plus de 70% de la population est théoriquement éligible au logement social, où les délais d’attribution dans le parc social s’allongent sans cesse – jusqu’à dix ans d’attente en Île-de-France – et où les salaires augmentent moins vite que l’inflation, détruire des centaines de logements sociaux n’a aucun sens.
L’ensemble des arguments en matière de « mixité sociale », de densification de l’habitat ou de manque d’équipements publics avancés par les pouvoirs publics locaux pour justifier le plan de démolition-reconstruction ne tient pas. Ils ont d’ailleurs été réfutés un par un par les associations mobilisées contre le projet, notamment le collectif local « Sauvons la Butte Rouge » et le collectif national « STOP Démolitions ».
En moyenne, une opération de démolition-reconstruction coûte 2,5 fois plus cher que des travaux de rénovation ou de réhabilitation. Avec la destruction de logements sociaux et la reconstruction de nouveaux logements inabordables pour les populations historiques du quartier, c’est le lien social et la vitalité de la ville qui risquent d’être fragilisés. Les coûts sociaux et sanitaires d’un tel phénomène ne doivent pas être sous-estimés. Certaines familles sont présentes depuis plusieurs générations. Où iront les habitantes et habitants actuels qui travaillent et font vivre le territoire depuis des années ?
Les arguments patrimoniaux penchent également en faveur de la conservation. La cité de la butte Rouge est une œuvre indivisible. Pourquoi certains bâtiments risquent-ils aujourd’hui la démolition pendant que d’autres – absolument identiques – sont préservés ? Le SPR doit manifestement être revu pour englober l’ensemble de la cité. Le bâti actuel, du fait de sa construction, de sa localisation et de son organisation, se montre incroyablement résilient face au dérèglement climatique (appartements traversants, chemins couverts, abondance de verdure, etc.). Rien ne justifie sa destruction.
En moyenne, une opération de démolition-reconstruction émet 4 fois plus de Gaz à effet de serre (GES) que des travaux de rénovation ou de réhabilitation. Démolir pour reconstruire, c’est aussi utiliser bien plus de ressource et produire beaucoup plus de déchets. Détruire aujourd’hui des bâtiments de 50 à 100 ans, déjà amortis, alors que leur « espérance de vie » totale est estimée à près de 200 ans serait une aberration écologique. Un tel projet ne sert en rien l’intérêt général humain, mais vise à contenter les désirs particuliers et court-termistes des promoteurs immobiliers.
De tels projets de démolition-reconstruction sont des aberrations écologiques, patrimoniales, économiques et financières, ainsi qu’en matière de logement. L’État doit donc agir pour y mettre un terme, en commençant par refuser les permis de démolir des neuf premiers immeubles de la cité de la Butte Rouge et par revoir le périmètre du SPR pour englober l’ensemble de la cité. M. le ministre de la ville et du logement, Mme. la ministre de la culture et Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature vont-ils intervenir en ce sens auprès des services déconcentrés compétents ?